Connaissez vous Ken Saro Wiwa

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Ken Saro Wiwa est un militant pacifique nigérian né le 10 octobre 1941 et mort par pendaison le 10 novembre 1995, suite à sa condamnation régime de Sani Abacha. Il est l’auteur de plusieurs livres à succès dont le fameux Sozaboy récompensé par le Grand prix de l’Afrique Noire en 2003. Wiwa était aussi propriétaire de plusieurs médias considérant que : « Plusieurs journaux et magazines sont largement lus; étant donné qu’ils offrent une autre vision que celle des nouvelles rabattues, ennuyeuses et fausses que diffusent tous les médias contrôlés par le gouvernement, ils sont extrêmement utiles à la santé de la nation. »Il a été récipiendaire du prix Nobel alternatif en 1994, un an avant son exécution, pour ses actions militantes contre la Royal Dutch Shell, compagnie pétrolière anglo-néerlandaise ayant fait l’objet de plusieurs condamnations pour sa responsabilité dans le désastre écologique dans le delta du Niger (zone de Biafra). Cette même compagnie par la suite a été poursuivie pour complicité d’assassinat dans la mort du militant nigérian. Pour cette affaire, un accord d’indemnisation de 15,5 millions de dollars a été conclu le 13 juin 2009 devant la cour fédérale de New York au terme d’un procès commencé en 1996.

Le Nigeria : un pays riche sous hautes tensions
Le Nigeria est divisé en 36 états regroupant 162 millions d’habitants (2011)[ ce qui en fait le pays le plus peuplé d’Afrique. 250 ethnies se partagent ce territoire. Cette ancienne colonie britannique accède à l’indépendance en 1960.
La même année commence l’exploitation du pétrole découvert en 1956. La Royal Dutch Shell se taille la part du lion avec 40% des champs pétroliers. Cette ressource représente alors 80% du revenu total du Nigeria. Le pays rejoint l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) en 1970. A ce jour, ce sont plus de 600 champs qui sont exploités par la compagnie anglo-néerlandaise.
La guerre de Biafra est une guerre civile, comme c’est malheureusement souvent le cas dans l’Afrique post-indépendance, qui commence le 6 juillet 1967 avec la sécession de la région orientale du Niger (le Delta du Niger), qui concentre la majorité des ressources en pétrole et en gaz. Elle s’autoproclame République du Biafra et est présidée par le colonel Odumegwu Emeka Ojjukwu.
Le blocus terrestre et maritime décrété par les troupes gouvernementales provoque une crise humanitaire sans précédent qui est à l’origine, en 1971, de la création de Médecins sans frontières, suite à la couverture médiatique dont la guerre du Biafra a bénéficié.
Elle prend fin le 15 janvier 1970 après avoir causé la mort de 1 à 2 millions de personnes.
Le peuple Ogoni, particulièrement meurtri par ce conflit, n’aura plus la force de lutter contre les industries pétrolières qui polluent les terres agricoles et les rendent inexploitables : la survie du peuple Ogoni est en jeu.
Il leur faudra attendre l’arrivée de Ken Saro Wiwa à la tête du MOSOP (Mouvement pour la survie du peuple Ogoni) créé en 1990 pour reprendre espoir. Ses militants demandent que les bénéfices perçus par le gouvernement soient reversés de manière équitable à l’ensemble de la population. Mais se dresser contre les compagnies pétrolières et un gouvernement corrompu se paie souvent au prix fort…

Son combat :
Appartenant au peuple Ogoni, minorité ethnique du Delta du Niger, Ken Saro Wiwa luttait donc contre les compagnies pétrolières dans le (MOSOP), dont il était le porte-parole avant d’en assumer la présidence en 1990.
A l’origine d’une campagne non violente contre Shell dénonçant les dégâts écologiques résultant de l’exploitation des terres dans le Delta du Niger, il est emprisonné plusieurs mois en 1992. Aucun procès n’est intenté pour justifier cette première période d’incarcération.
Ses détracteurs l’accusaient de vouloir provoquer une scission dans ce pays meurtri par la guerre du Biafra.
En mai 1994, arrêté pour la troisième fois, il reste détenu un an avant d’être reconnu coupable, par un tribunal spécial, d’incitation au meurtre suite au décès de 4 Ogonis. Il est exécuté, ainsi qui huit autres leaders du MOSOP, le 10 novembre 1995 par pendaison. Son livre « Pourquoi je suis toujours en vie, journal de détention » raconte sa descente aux enfers dans les geôles nigérianes.

Shell : un procès interminable
Shell vient d’être condamnée, le 17 juillet dernier, à verser 5 milliards de dollars pour avoir failli dans son devoir de protection, appelé aussi « duty of care ». Ce montant record infligé par l’agence gouvernementale chargée des risques de pollution pétrolière au Nigeria (NOSDRA) est sans précédent, bien que la compagnie ait déjà fait l’objet de maintes condamnations.
Par ailleurs, quatre villageois soutenus par l’antenne néerlandaise du collectif « Les amis de la Terre », poursuivent la compagnie devant le tribunal de La Haye depuis le 11 octobre 2012, pour une fuite d’hydrocarbure datant de 2005. initialement le procès aurait dû commencer le 10 février 2012.
Shell conteste la légitimité de cette amende administrative et se réserve la possibilité de se pourvoir en appel. Elle affirme que 75% des fuites de pétrole au Nigéria seraient dues au sabotage. Seulement, dans un gouvernement corrompu, il est difficile d’attester de la véracité des rapports, selon l’avocate d’un des villageois.
Depuis 50 ans, les compagnies pétrolières ont réalisé 600 milliards de dollars de bénéfices au Nigéria.

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