« Enquête sur la loi du 3 janvier 1973″ Pierre-Yves Rougeyron

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La loi du 3 janvier 1973, également connue sous le nom de « loi Giscard-Pompidou » avait pour objectif premier de modifier les statuts de la Banque de France afin qu’elle ne soit plus « asservie » à un quelconque ministère ou à l’Etat. En effet, la Banque de France nationalisée en 1945 était jusqu’à cette date sous le contrôle de l’état. Cette dépendance permettait à l’Etat d’emprunter auprès d’elle à des taux d’intérêt négligeables. C’est en partant de ce constat que fut rédigé un rapport paru immédiatement après le départ de De Gaulle (rapport Marjolin-Sadrin-Wormser, 1969), recommandant que les emprunts d’état se fassent dorénavant sur les marchés et que cela devienne la règle. Avec le vote de la loi Pompidou Giscard, l’état, qui pouvait emprunter à la banque de France à un taux de 1%, se retrouve obligé de se financer à des taux de 4% auprès des grandes banques privées (qui à l’époque n’étaient pas privées), elles seules ayant le droit désormais d’emprunter à la banque de France à un taux de 1%. Alors qu’en 1973, la dette publique était inférieure à 200 milliards d’euros, 40 ans plus tard, elle a été multipliée par 10, chaque français se trouvant aujourd’hui endetté à hauteur de 30000 euros pour le compte de son pays. L’explosion de la dette publique est à l’origine des 50 milliards d’euros d’intérêts que l’état français doit payer chaque année à ses prêteurs privés.L’agument invoqué par les économistes néo-libéraux de l’école de Chicago pour la mise en oeuvre d’une telle politique était la nécessité de lutter contre l’hyperinflation, phénomène qui commençait à prendre de l’ampleur aux Etats-Unis au début des années 70, à cause des dépenses de la guerre du Vietnam qui poussaient les Etats-Unis à imprimer plus de dollars qu’ils ne possédaient d’ori. Cependant la France n’était absolument pas dans la même situation, et, comme l’explique M. Rougeyron, il existe une inflation saine aux alentours de 3.5% par an, comme cela a été le cas entre 1952 et 1973, au coeur des »trente glorieuses ». Ce taux a permis l’essor et l’enrichissement de la classe moyenne, l’évolution des salaires étant indexée sur celle des prix, et le remboursement des emprunts s’en trouvant accéléré. Un tel taux est en revanche désavantageux pour les rentiers et usuriers qui voient leurs réserves fondre avec le temps, et les prêts qu’ils peuvent consentir leur rapportent beaucoup moins. Les politiques anti inflationnistes ont un effet, mal expliqué mais certain, sur la montée du chômage. C’est pourquoi parallèlement à l’augmentation de la dette, nous avons découvert le chômage de masse dans les années 1970, en même temps que les prêteurs privés, qui ont pesé de tout leur poids pour l’adoption de cette politique, ont vu leurs revenus repartir à la hausse. Cette politique, absurde si nous nous plaçons du point de vue de l’intérêt général, apparaît machiavélique quand on se rend compte des nombreux intérêts privés qui sont en jeu.

 

Le livre de M. Rougeyron révèle par ailleurs, dans cette affaire la haute trahison d’officiels français de premier plan, parmi lesquels l’un des « pères de l’Europe », Jean Monnet. La loi du 3 janvier 73 s’inscrit en effet dans la dynamique d’une construction européenne dont les ressorts secrets sont restés longtemps cachés. En rendant les banques centrales totalement indépendantes des états, on ôte aux états l’une de leurs prérogatives majeures, à savoir l’émission de monnaie. C’était, comme le confesse l’un des collaborateurs de Jean Monnet, Marjolin, dans ses mémoires, le premier pas vers une « Union Européenne Monétaire, substitut provisoire de l’union politique, et devant y conduire inévitablement ». L’objectif étant cependant à terme d’avoir une structure entièrement sous contrôle des Etats-Unis (Monnet était un agent de la CIA), et ce but n’étant pas dans l’intérêt des états européens, un mémo de 1962, qui préfigure la loi de 73, précise que « la commission est pleinement consciente du caractère délicat de cette proposition, étant donné la nécessité du secret le plus absolu. »

 

Le vote de la loi du 3 janvier 1973 est une étape clé dans l’abandon progressif par la France des différents pans de sa souveraineté depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, abandon interrompu pendant les mandats de Charles de Gaulle, et qui reprend de plus belle après son départ, l’objectif des Etats-Unis étant, à terme, la dissolution des différents états nations européens dans une entité ingouvernable et entièrement sous leur contrôle, et celui des acteurs privés des marchés pour rétablir les profits du capital au détriment de la rémunération du travail, en jouant sur la libéralisation totale des échanges, le chômage de masse organisé, et les délocalisations.

Clara LARDE

 

 

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