La privatisation du marché de l’eau

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Six mois après le lancement d’un chantier dont le but est d’assurer la distribution en eau courante en continu à Nagpur (Inde), le groupe français Véolia a annoncé que son chiffre d’affaires pourrait quadrupler d’ici à 2017 dans la zone Indienne, atteignant ainsi les deux-cent millions d’euros. Economiquement rentable pour les multinationales, ce phénomène de privatisation de la distribution et de la gestion des réseaux en eau potable a montré de nombreuses lacunes au niveau socio-sanitaire pour les populations les plus défavorisées. 1,1 milliard : c’est le nombre d’individus dans le monde qui n’a pas accès à l’eau potable. Conséquence sous-jacente du problème, 700 millions de personnes souffrent de maladies liées à une infection de l’eau. Depuis plusieurs décennies, les gouvernements des pays en voie de développement, sous l’impulsion des grandes institutions internationales telles que le FMI ou la Banque mondiale se sont lancés dans des privatisations massives dans le secteur de l’eau. La mise en place de ces politiques néolibérales a eu pour effet de considérer l’eau non plus comme un bien naturel et inaliénable, mais plutôt comme un bien économique, générateur de profits pour ceux qui ont accès à sa gestion. Dès lors, un schéma de rentabilité s’installe, pour ce qui était à l’origine la réponse à un besoin indispensable à la vie.

Les intérêts économiques des sociétés : Au cœur de la privatisation de l’eau.

Dans les pays en voie de développement, le problème de l’accès à une eau potable est un problème majeur et amené à s’accentuer. Le remède proposé n’a pas eu l’effet escompté, à savoir la privatisation de l’eau. Ainsi des grands groupes tels que Véolia Environnement (26,9 Mds de dollars de CA en 2011) ou encore Suez Environnement (14,8 Mds de dollars de CA en 2011) se sont répartis des parts de marché colossales dans des pays où les difficultés financières sont énormes. L’argumentaire de ces sociétés est avant tout basé sur des prétendus savoir-faire ou expériences de la distribution de l’eau. En effet l’eau potable représente un coût de par son acheminement et son traitement c’est-à-dire, pour la rénovation, voire la construction de tuyaux ou de stations de purification. D’autre part les techniques de traitement de l’eau potable (par ultra-violets, le principe de l’osmose inverse, la nano filtration) influent grandement sur la qualité, le goût et le coût de l’eau. Certes, les investissements sont lourds mais pourquoi ne pas laisser les communes, les municipalités gérer elles-mêmes l’accès à une eau potable pour leurs habitants ? Pourquoi ces pays privatisent-ils le marché de l’eau ? Il faut savoir que le secteur privé a largement été proposé comme solution d’aide aux pays en voie de développement. Le FMI et la Banque mondiale ont, par exemple, développé un programme de réformes économiques, le PAS. Dans la pratique, le Programme d’Ajustement Structurel est conçu pour permettre une réduction de la dette des pays concernés. La réduction des dépenses publiques réalisée grâce à la privatisation de secteurs devant permettre aux pays de réduire leurs dettes. En un mot, ces organismes internationaux influent directement sur les dispositions législatives et le fonctionnement du marché des pays. Aujourd’hui, la presque totalité des pays du Sud ont privatisé, ou sont en voie de privatiser, la gestion de l’eau. Par ailleurs, cette privatisation permet d’alléger les dépenses allouées par les gouvernements et délèguent ainsi au secteur privé la gestion et l’entretien des services d’eau. Les grands groupes qui s’occupent de la purification de l’eau, de l’exploitation de sites vont ainsi payer des impôts qui rapporteront de l’argent dans les caisses de l’Etat. Petit à petit, le FMI et la Banque mondiale remplacent le rôle joué par les gouvernements. Le problème ? Ils n’ont aucune légitimité dans la conception économique des pays, personne ne les a élus à l’échelle nationale.

Les conséquences socio-sanitaires et économiques sur les populations.

Du point de vue des habitants, première victime de cette privatisation du marché de l’eau, les conséquences peuvent être désastreuses. Ainsi, la « rationalisation des coûts » avancée par les multinationales n’a pour effet que de supprimer des emplois. En effet, le secteur privé va vouloir être rentable au niveau des délais et des frais engendrés. De prime abord perçue comme rentable pour l’usager, la privatisation va se solder par des licenciements et donc un manque d’entretien des réseaux de distribution qui se répercute sur la qualité du service
vendu. De plus, il n’est pas rare de constater des coupures d’eau, les habitants restant dès lors sans arrivée d’eau des jours durant. De même, les prix augmentent de façon considérable et les populations ne peuvent plus se fournir en eau potable. Ainsi, la facture a augmenté de 95% au Ghana et de 40% au Kenya. Payante en Afrique, les populations n’ont pas les moyens d’avoir accès à une potable et continuent d’aller à la rivière, où les germes prolifèrent. L’amortissement des coûts sur le continent africain se heurte donc à une réalité des plus dures. Les plus défavorisés sont exclus de ce schéma, vendu comme la solution miracle par les grands groupes industriels. L’eau est actuellement une industrie estimée à 400 milliards de dollars annuels.

Réveiller la conscience politique.

Face à ce bilan catastrophique, les populations concernées ont commencé à s’organiser et montrer leur mécontentement. Ainsi, en 1997, la Banque mondiale a annoncé ne pas accorder de prêt pour la mise en valeur des ressources en eau en Bolivie si le pays n’acceptait pas la privatisation du marché de l’eau. Depuis 2007, suite à un soulèvement de la population, la Bolivie a rompu son contrat avec Suez Environnement. Des Etats-Unis en passant par l’Asie du sud-est ou l’Amérique du sud, de nombreux collectifs se mettent en place pour rappeler que le droit à l’eau est reconnu dans de nombreux textes internationaux. Néanmoins le manque de volonté politique actuel tend à laisser les clefs de la gestion de l’eau à des groupes motivés par le profit à court terme et peu soucieux du caractère limité d’eau disponible.

Si une multinationale était amenée à déposer son bilan, quelles seraient les conséquences pour les populations locales ? Il est vrai que certaines régions dans le monde souffrent de corruption et de connivence au plus haut sommet de l’état peu favorables aux intérêts de celles-ci. Intérêts privés et intérêts publics ne sont que rarement compatibles. La privatisation de l’eau fournissant un exemple particulièrement inquiétant des connivences pouvant exister entre dirigeants de multinationales et « représentants » du peuple…

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