L’AIPAC : Décisionnaire de la politique américaine au proche orient

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A un moment où la situation au Proche-Orient est des plus complexes et instables, le rôle tenu par le lobby pro-Israélien aux Etats-Unis est souvent omis dans les colonnes des médias commerciaux. En particulier, la puissante influence de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) reste un sujet tabou et explosif au pays de l’Oncle Sam.

Une amitié « indéfectible », « éternelle » et « unique » : tels sont les termes employés pendant la campagne présidentielle par le président Barack Obama pour décrire la relation qui unit l’état d’Israël et les Etats-Unis. Son opposant conservateur Mitt Romney, parlait quant à lui, d’une « relation profonde et précieuse ». Or, derrière ces déclarations d’amour, la réalité est un peu moins rose. Depuis la naissance d’Israël en 1948, et de façon très marquée après la victoire d’Israël lors de la guerre des 6 jours en 1967, les présidents Etats-uniens ont mené une politique étrangère favorable aux intérêts des différentes composantes du lobby pro israélien. L’AIPAC s’est développé dans ce climat favorable et tient de nos jours un rôle prépondérant parmi les lobbies visant à orienter la politique extérieure américaine au Proche-Orient dans un sens favorable à Israël.

Qu’est-ce que l’AIPAC ?

Fondé en 1951, l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) est un groupe de pression pro-Israélien dont la vocation est d’influencer les décisions sur la politique étrangère états-unienne au Proche-Orient. Fort de 100.000 membres actifs, le Comité œuvre aux côtés du JINSA (Jewish Institute for National Security Affairs, ndlr) et s’associe aux millions de chrétiens évangéliques qui militent pour une alliance étroite entre l’état d’Israël et les Etats-Unis. Il bénéficie de généreux financements, et est hautement organisé (prospection dans le monde universitaire, pouvoir économique, influence et pression politique, financement des campagnes électorales, argumentaires pour accuser les opposants et les critiques d’antisémitisme). l’AIPAC est de nos jours le porte-parole le plus visible et le plus influent des intérêts israéliens au Congrès américain.

Le lobbying pro-Israélien : un acteur majeur de la politique américaine

Le soutien des Etats-Unis envers Israël s’exprime de différentes manières. Economique, d’abord : l’Etat dirigé par Benyamin Netanyahou, reçoit annuellement environ trois milliards de dollars du gouvernement américain ; il s’agit de l’aide la plus importante allouée à un pays extérieur. Politique, ensuite : les membres du Congrès sont appelés à mettre leur veto dès qu’une mesure non-favorable aux intérêts d’Israël est proposée. S’ils ne suivent pas la consigne, les candidats se voient alors réduire leur budget de campagne et infléchir le soutien dont ils peuvent disposer pour les projets de loi qu’ils souhaitent faire passer. A plus haut niveau, par ailleurs, depuis 1982 les Etats-Unis ont bloqué trente-deux résolutions proposées par le Conseil de sécurité des Nations-Unies. Celles-ci critiquaient sur certains points Israël. En parallèle de ses actions directes, l’AIPAC tient annuellement à Washington une conférence où tous ses sympathisants sont invités. Derrière cet événement d’apparence festive, l’objectif sous-jacent est de rallier les membres du Congrès américain à leur cause, et d’infléchir directement la politique étrangère états-unienne au Proche-Orient.

Un autre point important à soulever pour mieux comprendre l’influence de ce puissant groupe de pression est son impact sur le monde géostratégique et diplomatique américain. Si le gouvernement de Barack Obama craint actuellement la menace d’une possible arme nucléaire Iranienne, c’est en partie à cause de lobbies comme l’AIPAC. Aujourd’hui, Israël est la force militaire la plus puissante du Moyen-Orient et ne souhaite pas voir cette position changer. Son atout majeur est sa capacité à pouvoir influer efficacement sur les éléments de la politique étrangère des USA qui le concernent . L’AIPAC est une courroie de transmission majeure dans ce jeu d’influence, qui oriente la politique étrangère états-unienne dans des directions qui, comme l’ont démontré certains analystes (voir Mearsheimer et Walt) ne sont pas toujours conformes aux intérêts propres des Etats-Unis.

De nombreux spécialistes en diplomatie états-unienne font remarquer que la puissance de l’AIPAC réside dans sa capacité à se mobiliser de façon extrêmement rapide, plus vite que n’importe quel autre groupe d’intérêts. Ainsi, pour certains, ce serait cette organisation dont le budget avoisine les quarante-cinq millions de dollars annuels qui aurait convaincu les Etats-Unis d’entrer en guerre contre l’Irak de Saddam Hussein.

A chaque veille d’élection présidentielle, les politiciens américains multiplient les déclarations montrant leur affection et leur soutien pour Israël, en échange de millions de dollars alloués pour leur campagne, même si en privé la situation est toute autre.

Une réalité contrastée

En effet, les relations entre l’Etat d’Israël et les Etats-Unis sont loin d’être au beau fixe. Le manque de confiance, ajouté à une coopération jugée insuffisante par les Etats-Unis font que la diplomatie repose essentiellement sur des discours, des messages de soutien, plus que sur des actions concrètes. Ainsi, des responsables de la CIA (Central Intelligence Agency) ont reconnu cet été que les Etats-Unis ont toujours considéré Israël comme leur première menace de contre-renseignements au Moyen-Orient. Parmi de nombreux exemples qui ont défrayé la chronique on retient celui de Jonathan Pollard du nom de ce citoyen juif états-unien confondu en 1985 pour avoir transmis des documents militaires ultrasensibles à Israël. L’homme a été condamné a perpétuité et les autorités israéliennes (secondées par les lobbies états-uniens), plaident régulièrement en faveur de sa libération.

Dans cette « guerre contre la terreur » que mènent les Etats-Unis depuis les attaques du 11 septembre 2001, Israël est loin d’être perçu comme un allié digne de confiance. Lors d’un entretien accordé à l’Associated Press en juillet dernier, un responsable des renseignements américains considérait ainsi que la Libye aidait plus à lutter contre le terrorisme international que l’état d’Israël.

La défiance entre les deux états a été particulièrement difficile à cacher sur le point de l’attitude qu’il faut adopter envers l’Iran. Ainsi, Israël a exercé autant de pression que possible sur Washington pour empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire. Alors que les médias parlent généralement de l’animosité personnelle qui existe entre Barack Obama et le premier ministre Israélien Benjamin Netanyahu, la vérité est que les responsables américains sont en désaccord avec Israël quant au dossier iranien. Par exemple, début septembre, le premier ministre israélien réactionnaire s’est immiscé dans la campagne présidentielle américaine, reprochant à l’administration de Barack Obama le fait de ne pas avoir de « ligne rouge » tracée à l’égard du programme nucléaire iranien. Netanyahou, qui connaît d’ailleurs très bien Mitt Romney pour avoir travaillé avec lui par le passé, a annoncé que sans cette « ligne rouge », les Etats-Unis « n’ont aucun droit moral » d’empêcher Israël de rentrer en guerre contre l’Iran.

L’influence des lobbies dans tous les domaines de la politique aux Etats-Unis n’est plus à démontrer. On peut maintenant s’interroger sur le danger que représente l’influence parfois décisive que peut exercer un puissant groupe de pression pro-Israélien comme l’AIPAC sur la menée de politiques étrangères et éventuellement néfastes aux intérêts nationaux d’une démocratie, en l’occurrence les Etats-Unis. Les membres du Congrès à Washington, par peur de représailles, n’osent actuellement pas s’opposer aux directives prônées et imposées par l’AIPAC. Si l’AIPAC aurait préféré voir élire Romney, plus ouvertement favorable à un resserrement (si besoin était) des liens entre Israël et les USA, le comité n’a pas pour autant perdu les nombreux leviers dont il dispose pour incliner le président Obama à prendre des décisions de politique étrangère majeures favorables à l’avenir et à la sécurité de l’état d’Israël.

Les lecteurs curieux d’entrer dans le détail du sujet de cet article peuvent lire le livre de John Mearsheimer et StephenWalt : les lobbies pro-israéliens et la politique étrangère des Etats-Unis.

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