Le groupe Bilderberg

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Tous les groupes d’intérêts transnationaux, ainsi celui du Bilderberg, s’organisent et tiennent des réunions, et on ne peut le leur reprocher car il y va du maintien de leurs positions acquises et du développement de leur influence.

Ils discutent de quoi au juste ? Et qu’en disent-ils ? Si c’est de nos affaires, des choses qui nous concernent, on aimerait bien être informés et il est bien dommage que les grands médias n’enquêtent pas davantage sur eux.

Il est vrai que leurs propriétaires et dirigeants en font partie. Cela n’aide sans doute pas.

 

Une brève histoire du groupe de Bilderberg

Face à la montée de l’anti-américanisme en Europe occidentale pendant la guerre froide, les diplomates polonais Joseph Retinger et Andrew Nielsen eurent l’idée de mettre en relation les dirigeants européens et américains afin de leur permettre de collaborer au niveau militaire, politique et économique. Ils abordèrent en ce sens le Prince Bernhard des Pays-Bas qui accepta des les y aider en contactant le Général Walter Bedell Smith nommé par Truman directeur de la CIA en 1950. Ce dernier remit le dossier à Charles Douglas Jackson pour le transmettre au président étasunien de l’époque, Eisenhower, dont il était le conseiller.

Le groupe de Bilderberg inaugure son premier forum international annuel en mai 1954, dans l’hôtel éponyme, d’où son nom, en présence d’une soixantaine de personnes dont David Rockefeller (Ancien Président de la Manhattan Bank qui fondera la Commission Trilatérale en 1973) autre co-fondateur du groupe de Bilderberg.

La Fondation Ford finança la première réunion outre-atlantique, en 1957 sur l’île Saint-Simon.

L’essayiste français Roger Mennevée fut le premier, en 1967, à postuler que le dessein du groupe de Bilderberg était d’instaurer un gouvernement mondial piloté par les Etats-Unis. Ce dessein impliquait l’abandon progressif des souverainetés nationales, la mise en place d’une planification technique de l’économie et la création d’une monnaie internationale.

Suivra, en 1979, Luis M Gonzalez-Mata (ancien agent des services de renseignements espagnols) avec son essai Les Maîtres du Monde qui validera la théorie de Mennevée.

En 1980, le chercheur Peter Thompson expliqua que les membres du Bilderberg discutaient des grandes problématiques internationales.

Récemment, en 2009, le journaliste Frédéric Charpier présenta le Bilderberg comme « une coordination au nom des principes mais aussi dans l’intérêt du capitalisme ».

Denis Healy, initiateur du forum et membre du Comité Directeur pendant 30 ans, reconnut en 2001 que « Nous autres à Bilderberg pensions qu’on ne pouvait pas continuer à se faire la guerre éternellement et à tuer des millions de gens pour rien. Nous nous disions qu’une communauté unique pouvait être une bonne chose. »

 

Quelle est la portée du forum annuel du groupe de Bilderberg?

Interdiction étant faite aux journalistes professionnels invités au forum annuel du groupe de Bilderberg de communiquer sur le contenu des discussions auxquelles ils participent, c’est aux journalistes « indépendants » qu’il revient de nous informer sur la teneur et l’impact réel de ces réflexions au niveau politique. Est-ce en ces lieux que les stratégies politiques à grande échelle s’élaborent ou sont promues? Car si ce n’est pas dans les assemblées que nous avons démocratiquement élues que les décisions décisives se prennent, le terme « démocratie » n’a plus guère de sens.

Il est vrai, pour ne considérer que le forum de 2011, qu’avec des invités tels que Jean-Claude Trichet (Président de la Banque Centrale Européenne de 2003 à 2011), Henri de Castries (PDG d’AXA), Etienne Davignon (vice-Président de Suez-Tractebel), Joseph Ackermann (Président de Deutsche Bank), Donald Graham (Washington Post Company), Neelie Kroes (Commissaire européenne chargée des nouvelles technologies) ou encore Joaquin Almunia (Commissaire européen à la Concurrence), les sujets débattus ne peuvent être centrés qu’autour des problématiques internationales. Il ne s’agit pas en effet de réunir les membres d’une association de pétanque locale et nous imaginons bien qu’au-delà du plaisir de se rencontrer, les participants à cette réunion ne passent pas leur temps cher et précieux à discuter d’économie ou de politique par simple amour des discussions théoriques.

Certes, pour le Conseil Fédéral Suisse : « les conférences Bilderberg sont un forum d’échange sur les principaux sujets d’actualité dans les domaines les plus divers entre membres de gouvernements, diplomates, politiciens, personnalités de l’économie, représentants de la science, de la formation, de la presse et d’instituts spécialisés. […] L’objectif de cette conférence privée est de permettre des discussions libres et ouvertes. Les participants y défendent leur opinion personnelle et n’y parlent pas au nom de leur gouvernement ou de leur employeur. C’est pour cette raison que les organisateurs renoncent à faire de la publicité autour de ces discussions. […] Les participants qui acceptent une invitation personnelle à la conférence se déclarent prêts à renoncer à toute publicité. Du reste, il ne s’agit pas de négociations, mais de discussions qui permettent et favorisent une mise en réseau des idées et des personnes »

Cependant, depuis 1954, l’actualité démontre que les prévisions de Mennevée se confirment. La construction européenne, l’OTAN, l’Euro sont les preuves qu’il existe bien un projet de fédération internationale piloté de façon non démocratique. La Chancelière Angela Merkel parle désormais d’une Union Européenne fédérale, à l’image sans doute de son pays, et les crises financières à répétition ont récemment aboutis à la ratification du Mécanisme Européen de Stabilité qui est une illustration flagrante de la perte de souveraineté économique progressive des états nations européens.

Il est frappant de constater que nombre des orientations majeures énumérées par Menevée, comme l’abandon des souverainetés nationales et la mise en place d’une monnaie unique se sont depuis concrétisées. Et il est certain aussi que des déclarations comme celle de David Rockefeller (membre fondateur) dans ses mémoires sont loin d’inspirer confiance : « Quelques-uns croient même que nous (la famille  Rockefeller) faisons partie d’une cabale secrète travaillant contre les meilleurs intérêts des États-Unis, caractérisant ma famille et moi en tant  qu’internationalistes et conspirant avec d’autres autour de la Terre  pour construire une politique globale plus intégrée ainsi qu’une  structure économique – un seul monde si vous voulez. Si cela est  l’accusation, je suis coupable et fier de l’être. »

Cette bouffée d’honnêteté contraste avec celle des participants français. Procédé lâche s’il en est : menacer d’antisémitisme pour se dérober. Ainsi Manuel Valls, qui y participe en 2008: quand on le presse de répondre autrement que par des banalités, prend la mouche, et assimile ceux qui nourrissent des doutes sur les intentions du Bilderberg, à ceux qui croient « au complot judéo maçonnique », ceux « qui doutent de la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 », qui se méfient « des dîners du Siècle » et « qui nient la shoah ». Confirmant cependant à son corps défendant que parler de Bilderberg n’est pas bienvenu au risque d’être pris pour un négationniste.

 

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