L’inefficacité de Victorin Lurel en Outre-mer

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Le 15 novembre 2012, le Parlement adoptait le projet de loi relatif à la « régulation économique outre-mer » porté par le nouveau ministre Victorin Lurel. Censée apporter des réponses pour lutter contre les problèmes économico-sociaux que connaissent les départements et territoires d’Outre-mer, cette loi publiée le 21 novembre 2012 au Journal Officiel1 ne propose finalement aucune réponse concrète adaptée à cette situation délicate. Il convient, en effet, de rappeler que les Antilles souffrent d’un taux chômage supérieur à la moyenne nationale, et de prix sur les produits de première nécessité presque deux fois plus élevés qu’en métropole, contraignant une partie de la population à vivre sous le seuil de pauvreté. Cette loi, très attendue par les Martiniquais, Guadeloupéens, Mahorais et Réunionnais reste pour le moins décevante sur le fond.

Qui est Victorin Lurel ?
Nommé le 16 mai 2012 à la tête du ministère des Outre-mer, Victorin Lurel est un député socialiste, ancien président du Conseil Régional de la Guadeloupe (son île natale, ndlr) de 2004 à 2012. C’est à partir de 2007 que son poids politique se renforce dans le paysage socialiste français quand il affiche son soutien pour la candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle, cette dernière le nommant responsable et porte-parole de sa campagne pour les territoires d’Outre-mer. L’année suivante, sa crédibilité se renforce avec la victoire des candidats qu’il soutient lors des élections cantonales et municipales Guadeloupéennes (celles de Georges Clairy ou encore Jean-Claude Malo par exemple). Avant son élection à la tête de l’état français, François Hollande avançait un plan pour l’Outre-mer dans lequel il souhaitait « relancer la production, l’emploi et la croissance télé »2. Une fois nommé ministre, Victorin Lurel annonçait, quant à lui, vouloir « redonner espoir aux nouvelles générations et rétablir la justice »3.

Lutter contre l’ « impuissance récurrente et répétée du législateur ».
Victorin Lurel était connu pour être un fervent opposant à la politique menée par Nicolas Sarkozy et l’action déployée par sa ministre Marie-Luce Penchard dans les territoires d’Outre-mer. Ainsi, dans une lettre à l’Assemblée nationale lors de lors de la séance du 3 novembre 2010, le nouveau ministre s’offusquait de la « stigmatisation des outre-mer » et dénonçait explicitement l’ « impuissance récurrente et répétée du législateur et des exécutifs face à ces injustices (les prix abusifs, ndlr)». Il concluait d’ailleurs son intervention avec cette question rhétorique : « Comment croire que la puissance tutélaire de l’état républicain est incapable d’empêcher les exactions des banques, assurances, assureurs-crédits et autres affameurs qui étouffent la production et font prospérer l’hubris de la consommation ? » Victorin Lurel apparaissait donc clairement comme l’un des leaders dans la lutte contre les prix excessifs aux Antilles.

L’Etat : un acteur finalement impuissant ?
Depuis son arrivée à la tête du ministère des Outre-mer, Victorin Lurel a toutefois annoncé que l’action gouvernementale en matière d’aide au développement économique ne serait pas aussi importante que prévue. L’état serait donc impuissant ? Le 13 juillet dernier, le ministre s’est rendu à la Réunion afin de présenter ce fameux projet de loi portant sur la « régulation économique outre-mer » et présenté en Conseil des ministres le 5 septembre. Il en est sorti que l’état allait apporter son aide « si des besoins supplémentaires » se faisaient sentir, mais en nuançant puisque cela se fera « dans la mesure des moyens disponibles en fin d’année ». Drôle de retournement pour un homme qui se battait dans l’opposition pour casser « les monopoles et les oligopoles » et résoudre le problème de la baisse du pouvoir d’achat et de la hausse du chômage qui touchent de plein fouet les économies ultramarines.
Les acteurs économiques locaux ont jugé ce discours des plus décevants. Concernant la crise de l’hôtellerie qui touche actuellement les Antilles, Victorin Lurel a prôné le développement d’un « tourisme très haut de gamme »4 en affirmant aux professionnels du tourisme qu’ils devaient échafauder une vision de développement économique sur les vingt prochaines années s’ils voulaient que le ministre se fasse leur porte-parole auprès du gouvernement. En effet, comme le relate nos confrères de martinique.franceantilles, l’état n’a finalement que très peu de marge de manœuvre pour aider financièrement à la rénovation et à la construction de structures touristiques.

Que dit la loi du 20 novembre et concrètement, quelles sont les réalités ?
Pour lutter contre la vie chère dans les départements d’Outre-mer, le texte présenté par Victorin Lurel prévoit le recours possible de l’Autorité de la concurrence à l’injonction structurelle, ce qui permettrait d’infliger des amendes ou d’obliger les grands groupes à céder des surfaces pour mettre fin à une position dominante. Il s’agit avant tout de développer le marché concurrentiel antillais.
En réalité, comme le montre nos confrères de la Tribune des Antilles 5, cette loi adoptée le 15 novembre dernier par le Parlement ne présente aucune nouveauté. Tout d’abord, il faut noter que le texte a été élaboré en relation bilatérale avec les organisations patronales en excluant l’ensemble des acteurs locaux, à savoir les syndicats et les associations de défense des consommateurs. De plus, d’un point de vue législatif, aucune amélioration n’est à noter puisque les articles L 462-5 pour la saisie de l’Autorité de la concurrence et L 752-27 qui condamne les positions dominantes existaient déjà. Par ailleurs, le nouveau ministre affirme qu’il est impossible d’appliquer la réglementation des prix. Il existe donc une énorme contradiction par rapport à ce qu’il disait avant sa nomination. En un mot, il devrait plutôt garantir l’accès des classes populaires aux produits de première nécessité tout en favorisant le développement de l’agriculture dans les territoires d’Outre-mer.

La situation économico-sociale aux Antilles.
La Guyane, la Martinique et la Réunion souffrent actuellement d’une instabilité politique due à la départementalisation ainsi que d’une méfiance accrue de la part des acteurs économiques territoriaux. Il est important de rappeler que le 20 janvier 2007, les Antilles ont connu un soulèvement populaire avec pour symbole une grève de quarante-quatre jours dans le but de lutter pour la hausse des salaires et réduire le prix des produits de consommation courante. Il est vrai que le pouvoir d’achat des habitants des DOM-TOM a reculé de 4% entre 2003 et 2009 (calculé entre la valeur du RMI et l’évolution des prix)6. A titre d’exemple, en 2006, en Guadeloupe, le taux de pauvreté concernait 18.6% de la population, 16.4% en Martinique, contre 6.7% en métropole. Enfin, en 2009, 55.7% des Guadeloupéens âgés de 15-24 ans étaient touchés par le chômage, 50% à La Réunion et 47.8% en Martinique. En France, le taux de chômage des jeunes avoisinait alors les 20%. La conséquence logique de cette situation est une hausse sensible de l’alcoolisme, des agressions et un malaise ambiant dans lequel les habitants perdent confiance quant à l’action gouvernementale.

1 http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=?cidTexte=JORFTEXT000026702554&dateTexte=&oldAction=rechJO&categorieLien=id
2 http://www.malango-actualite.fr/documents/propoutremer_1.pdf
3 http://www.clicanoo.re/331682-l-outre-mer-et-le-meccano-budgetaire.html
5 http://www.latribunedesantilles.net/index.php?option=com_content&task=view&id=3670&Itemid=47

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