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Médias, industries et nazisme : l’histoire se répétera-t-elle?

Alfred Hugenberg (à gauche), Franz von Stephani (futur député du parti nazi au milieu), Franz Seldte (futur Ministre du travail du 3ème reich, à droite). Berlin, hiver 1929.

Alfred Hugenberg (à gauche), Franz von Stephani (futur député du parti nazi au milieu), Franz Seldte (futur Ministre du travail du 3ème reich, à droite). Berlin, hiver 1929.

Les médias français (tv radio presse) appartiennent à un nombre de plus en plus restreint de multinationales dont l’activité n’a rien à voir avec le journalisme. Cette centralisation a pour conséquence une uniformisation dans le traitement médiatique de certains sujets. Dans ce contexte il nous paraît intéressant de revenir sur la centralisation médiatique ayant eu lieu dans les années 30 en Allemagne, centralisation ayant favorisé la montée au pouvoir d’Adolf Hitler.

Médias et montée du nazisme : le trust Hugenberg

Alfred Hugenberg acquit son influence et sa fortune comme président du directoire de Krupp, une des principales entreprises du complexe militaro-industriel allemand au début du 20ème siècle. La très lucrative 1ère guerre mondiale permit à Alfred Hugenberg de développer en parallèle un groupe de médias. Ainsi en 1918, il contrôle directement ou indirectement 1 600 journaux allemands, ce qui en fait de lui le patron du plus grand groupe de presse européen.
À partir des années 1920, le Trust Hugenberg comprend une agence de presse, la Telegraphen Union (TU), la société de production d’actualités filmées UFA, l’agence de publicité ALA , et enfin la maison d’édition Scherl. Il couvre donc toutes les formes de médias du moment.
Fort de cette position Alfred Hugenberg se découvre rapidement un destin politique. Après l’avoir rejoint dès la fin de la guerre, il devient président du DNVP (parti national du peuple allemand) en 1928.
En 1931, soit deux ans après la crise de 29 et deux ans avant l’accession au pouvoir d’Hitler, Hugenberg forme avec le parti nazi une alliance dite « de front national » pour « la destruction du mouvement révolutionnaire marxiste d’inspiration bolchévique ». Adolf Hitler accède alors aux médias du Trust Hugenberg, qui va lui donner une tribune de choix tout au long de son ascension. Afin d’illustrer le phénomène nous nous attarderons sur l’exemple du traitement médiatique ayant eu lieu, à partir de 1929, du plan Young. Ce plan prévoyait une diminution de 17 % des « réparations » incombant à l’Allemagne suite à la signature du traité de Versailles. Ce plan prévoyait aussi un échelonnage du remboursement de ces « réparations » jusqu’en 1988. Les médias allemands ne cessèrent alors d’imputer tous les maux du peuple allemand (qui souffrait d’un taux de chômage record suite à la crise de 1929) au nécessaire remboursement des réparations. Or c’était tout simplement faux, seules 13% des sommes envisagées en 1919 seront finalement payées par l’Allemagne. Mais cette propagande mensongère aura favorisé la montée au pouvoir d’Hitler avec le sentiment de revanche dont chacun connaît les conséquences.
En janvier 1933 Hugenberg devient un des ministres principaux du premier cabinet d’Hitler. Dans la même année il sera contraint de quitter son poste et de céder ses entreprises de médias au 3ème Reich. Il obtient néanmoins, grâce à l’intervention de Gœbbels, le droit de garder sa maison d’édition. Il demeure membre du Reichstag jusqu’en 1945, même s’il n’y joue plus aucun rôle.
La somme de ces événements fait qu’en 1945 il apparaît comme une évidence aux Allemands qu’il faudra désormais limiter l’influence des intérêts industriels dans la production et la diffusion de l’information. D’où le tabou «Hugenberg» : cette loi allemande, non écrite, interdit depuis au capital industriel d’investir dans les médias allemands.

L’histoire se répète-t-elle en Union Européenne?

Bien qu’il soit difficile de comparer directement les instances dirigeantes actuelles avec le parti nazi, la situation actuelle fait tout de même froid dans le dos. La concentration de la plupart des médias entre les mains de groupes industriels  n’ayant pas intérêt à divulguer certaines informations, la connivence entre ces groupes et le pouvoir politique, enfin l’uniformité dans le traitement de certains sujets, comme lors du référendum de 2005 sur l’Union Européenne, voilà des éléments qui amènent légitimement à se poser des questions.
Philippe Aghion, économiste, résume la situation en ces mots : « Ici (en France) les rapports entre politiques, industriels et médias tiennent quasiment de l’inceste. Souvenez-vous de Nicolas Sarkozy convoquant Eric Fottorino dans son bureau pour lui exprimer sa préférence parmi les potentiels racheteurs du Monde ! Une scène inimaginable dans un pays d’Europe du Nord. Et si le Président n’intervient pas auprès d’autres médias, c’est bien parce qu’il n’a pas à le faire : ils appartiennent  à des conglomérats (Bouygues, Dassault…) qui ont signé des contrats publics avec l’État. Qui peut croire qu’ils se montreront critiques envers son chef ? D’où l’importance de légiférer, d’imposer des garde-fous et de s’assurer , comme c’est le cas en Allemagne, qu’aucune entreprise obtenant des contrats publics ne puisse posséder de grands médias. »
Si les groupes industriels contrôlant presque tous les médias ont intérêt à l’accélération de la construction européenne, est-il concevable qu’ils usent de leurs outils médiatiques pour influencer l’opinion publique sur un sujet aussi fondamental et déterminant ? Cette question prend tout son sens quand on se souvient à quel point étaient stigmatisés les tenants du NON lors de la campagne pour le référendum de 2005. Le NON fut tout de même majoritaire, mais les instances dirigeantes, de connivence avec les lobbys industriels et donc médiatiques, n’en ont eu cure et sont passés outre.

Remarquons à ce propos que les responsables politiques remettant en cause les fondements même de l’UE ont le plus grand mal à trouver des créneaux pour exprimer leur point de vue dans les grands médias commerciaux, et que leurs positions y sont systématiquement déformées et/ou caricaturées. Dans ces conditions, le projet de contrôle centralisé des médias des pays de l’UE via la commission européenne actuellement en cours (cf article « Leveson: EU wants power to sack journalists » the Telegraph 22/01/2013), ne peut qu’inspirer la méfiance.

Quand bien même le parallèle entre le parti nazi et les instances dirigeantes européennes actuelles a ses limites, le parallèle entre les deux situations exposées dans cet article devrait être un minimum exposé par les grands médias, ne serait-ce qu’en prévention d’un bégaiement de l’histoire contemporaine.

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Un commentaire sur “Médias, industries et nazisme : l’histoire se répétera-t-elle?”

  1. Jo

    Je trouve cet article assez confus.

    Les nazis ont bénéficié d’un groupe de presse pour diffuser leur propagande dans le cadre du pluralisme démocratique, comme tous les partis politiques et toutes les idéologies, d’hier et d’aujourd’hui, dans un Etat démocratique. Expliquer la réussite des nazis par ce fait est pour le moins léger. Cet accès à la presse leur était sans doute nécessaire mais certainement pas suffisant.

    J’ai l’impression que vous assimilez cette période de propagande antérieure à la prise de pouvoir des nazis et celle qui lui est postérieure. Vous oubliez un fait qui me semble essentiel et qui les distingue : l’interdiction des journaux divergents dès 1933.

    C’est donc à juste titre que vous relevez vous-même « les limites » et « la difficulté » de la comparaison entre l’Allemagne des années 30-40 et la France actuelle. J’irais même, pour ma part, jusqu’à penser que cette comparaison est impossible. Dès lors, pourquoi mettre cette idée en exergue par votre titre et en faire le coeur de votre raisonnement ?

    Par ailleurs, et vous le soulignez, la situation en France n’est pas semblable à celle de nombreux autres Etats européens. Votre démonstration à propos de la France n’est donc pas valable pour l’Union européenne dont la commission vise au contraire à promouvoir le pluralisme des médias.

    Je dirais même qu’une réglementation européenne équivalente à celle en vigueur en Allemagne aurait le mérite d’être écrite et de s’appliquer à tous les Etats membres. Peut-être donc que ce que vous considérez comme la source du problème pourrait être la source d’une solution.

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