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Obligation de manifester jusqu’au bout

Obligation de manifester

Le 13 octobre 2012 eut lieu une scène surréaliste dans les rues de Paris. Ce jour-là, dans le cadre d’une action mondiale contre la dette, un cortège demandant l’annulation de la dette illégitime était prévu et acté par la préfecture de Paris. Cette manifestation, organisée par l’antenne parisienne du mouvement mondial « réelle démocratie », était partie du siège parisien de Goldmann Sachs pour finir devant l’Assemblée Nationale.
Sachant, par expérience, que tout événement organisé par « réelle démocratie » était systématiquement et massivement encadré par les forces dites de l’ordre, ma curiosité me poussa à attendre le cortège à son point d’arrivée.
Posté à proximité de l’Assemblée Nationale je guettais donc avec impatience l’arrivée des manifestants. Je vis tout d’abord arriver 8 à 10 fourgons de la gendarmerie mobile. Rien d’étonnant en soi, mais le fait que ces fourgons fussent vides titillait tout de même ma curiosité : à quoi bon des fourgons vides ?
10 min s’écoulèrent avant d’apercevoir le cortège. Comme la rue par laquelle il arrivait était montante, je ne pouvais en discerner que la tête. Or celle-ci était composée intégralement… de policiers en uniforme ! La manifestation avait-elle été rejointe par des policiers en exercice ? Cette belle idée mit 30 secondes à se dissiper. Ce que je voyais se rapprocher, c’étaient bel et bien le groupe de manifestants, au nombre de 200… mais encadrés, complètement, devant, derrière, à gauche, à droite, d’un dense et compact cordon de CRS et garde mobiles.
Une connaissance présente dans le cortège m’alpagua alors en criant avec de grands gestes. Comme je ne l’entendais pas, je pénétrai dans la manifestation (en passant entre deux CRS) pour mieux l’entendre dire : « Si tu rentres dans la manif tu ne pourras plus en sortir ».
Effectivement, dès lors, il me fut impossible d’en sortir, tout comme la totalité des manifestants, mais pour eux, m’apprit-on, c’était depuis leur départ.
Seuls les habitants du quartier encerclés par erreur purent s’extirper du cortège après présentation d’une pièce d’identité.
A notre connaissance aucune raison valable n’a été avancée pour expliquer l’obligation de manifester jusqu’au bout demandée par la préfecture de Paris ce jour là.
Les gardes mobiles formaient-ils ce carré pour s’assurer qu’aucun des manifestants ne puisse se dérober à son devoir de manifester jusqu’au bout? Voulaient-ils par là monter leur solidarité avec les dizaines de millions de victimes de la crise financière de par le monde? A voir leurs visages, ils n’avaient pas l’air de partager l’état des manifestants…

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3 Responses to “Obligation de manifester jusqu’au bout”

  1. Piotrr

    C’est une technique apparue il y a quelques années et qui se nomme « kettling ». Il s’agit de créer des prisons à ciel ouvert en empêchant les manifestants de se disperser. L’objectif est de créer un stress suffisant pour décourager quiconque de vouloir manifester à nouveau. Les étudiants Lyonnais en ont fait les frais Place Bellecour où ils ont été enfermés des heures durant sans accès à de la nourriture, de l’eau, ou aux toilettes. Cette pratique a été employée pour la première fois à Toronto, il me semble, mais aussi en Grande-Bretagne lors des manifestations contre l’augmentation des droits d’inscription.

    Pour en savoir plus sur ces pratiques policières : http://en.wikipedia.org/wiki/Kettling

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  2. reneegate

    Nous avons connu cela dans le quartier Paris 18, toutes les manifs sans papiers (dès 2011) étaient « encadrées » comme cela. Les CRS de l’encadrement étant très agressifs avec ceux qui se renseignaient ou souhaitaient participer.

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